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Sortir dans son quartier


Vous connaissez sûrement bien votre quartier, mais depuis que votre vue a changé, vous appréhendez de sortir seul. Vous allez devoir ajuster vos repères visuels : l’enseigne que vous aviez coutume de voir a disparu, « fondue » dans la silhouette du bâtiment. En revanche, vous n’aviez pas remarqué ce balcon fleuri et ces volets bleus qui peuvent être de nouveaux points de repère. La météo et les variations de luminosité risquent de modifier vos perceptions : soleil éblouissant ou rasant, brouillard, pluie et ses reflets, neige. Prévoyez une visière et des verres filtrants adaptés à la situation.

Le vacarme de la circulation et de la grande ville vous inquiète ? Ces bruits peuvent pourtant devenir de précieux alliés quand vous aurez appris à les analyser.

Les irrégularités de terrain vous font craindre de trébucher ? Celles-ci sont souvent associées à des signaux d’alerte : bordures de trottoir, sorties de garage.

Vous avez sans doute vu ou senti qu’il y a dans le prolongement des passages piétons, aux abaissements de trottoirs, des bandes blanches ou grises formées de petites aspérités que l’on appelle bande d’éveil de vigilance. Ces bandes servent à indiquer un danger : transition trottoir-chaussée, quais de gare, de tramway, de métro ou haut d’escaliers.

Pour traverser, si vous ne voyez pas le signal piéton de l’autre côté de la rue, regardez celui qui se trouve sur votre trottoir. Certains feux de signalisation sonores indiquent le feu rouge ou vert et le nom de la rue. Ces feux sont activés par un bouton ou une télécommande disponible en mairie. Mais il demeure dangereux de traverser sans un apprentissage adapté à vos difficultés. Les instructeurs en locomotion vous enseigneront à vous déplacer en toute sécurité.

À quoi sert une canne blanche ?

Son utilisation n’est pas toujours nécessaire ; tout dépend de vos possibilités visuelles, des stratégies nouvelles que vous mettez en place, de votre sens de l’équilibre, de la confiance que vous avez en vous. Les instructeurs en locomotion prendront le temps de développer ces atouts avant de vous proposer une canne.

Celle-ci n’est qu’un élément de votre sécurité car se déplacer est surtout l’art d’associer votre vision, même très réduite, votre audition, votre orientation, votre mémoire des lieux et leur représentation.

Dans le cas d’une atteinte centrale limitée à la macula, votre vision périphérique vous permet de vous orienter mais la canne peut vous aider à préciser les bordures de trottoir ou les obstacles que vous identifiez mal.

Dans le cas d’une atteinte sévère de la vision périphérique, la canne permet de libérer votre regard de la surveillance du sol, afin d’utiliser votre vision pour observer et vous orienter.

Jacqueline L., 80 ans

Une canne ? J’ai choisi de m’en passer ! Qu’elle soit blanche ou jaune m’importe peu ; je préfère que les autres me voient comme une personne ordinaire, maladroite ou empotée sans doute, mais insérée dans la vie normale avec ses embûches et ses réussites. Je vois mal, mais j’y vois encore assez pour m’orienter et deviner les bordures de trottoir. Une canne me stigmatiserait aux yeux des passants et j’en serais humiliée. Je ne me sentirais pas protégée mais singularisée et je ne le supporterais pas. Je préfère prendre le risque de l’entorse ou d’un détour inutile.

En choisissant d’utiliser une canne blanche, vous acceptez que vos difficultés se voient, mais elle vous permet d’être mieux identifié et respecté par les autres.

Cependant, la canne blanche est aussi symbole de cécité et vous pouvez ne pas vous reconnaître en elle. Les Belges utilisent la canne jaune qui signifie : « Nous, les personnes malvoyantes, avons besoin d’un outil de détection des obstacles, mais que personne ne s’étonne si nous plions la canne pour lire le journal. » En France aussi, certaines associations préconisent la canne jaune mais le grand public n’est pas encore assez informé pour comprendre cette nuance.

Dominique B., 50 ans

Pouvoir avancer seule, laisser la canne trouver son rythme, à gauche, à droite, un peu comme le balancier d’une horloge, c’est une précision acquise avec le temps qui vous donne l’ivresse de la liberté. Quitter ce bras protecteur qui vous dirige, vous protège et vous rend dépendant de l’autre, choisir son chemin, le programmer avec comme seul GPS votre envie d’exister, c’est une sensation intense, une liberté retrouvée, un nouvel appétit de découvrir votre environnement, une incitation à se promener, uniquement pour le plaisir.

Et le chien guide ?

Certaines personnes font le choix d’un chien guide ; celui-ci apporte confort et fluidité dans les déplacements puisqu’il gère et anticipe les obstacles.

Adressez-vous à une école de chiens guides où vous rencontrerez une équipe qui évaluera si le chien peut vous apporter un gain d’autonomie. Il peut vous redonner envie de sortir et favoriser les rencontres. Cependant un chien, ce sont aussi des contraintes : nourriture, soin, sortie par tous les temps.

Et le GPS pour piéton ?

Déjà adopté par certains, il apporte des informations complémentaires (itinéraires, noms de rues, etc.). Il ne se substitue cependant pas aux autres aides qui permettent de se déplacer sans danger.